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JUSTICE IN THE WORLD
JUSTICIA EN EL MUNDO
JUSTICE DANS LE MONDE
GIUSTIZIA NEL MONDO
GERECHTIGKEIT IN DER WELT

No.3

LETTRE DU DIRECTEUR

Le Dénominateur commun

ALVARO REIS FIGUEIRA Directeur du Service des Publications

À la troisième parution, le Directeur du Service des Publications montre son visage.

L'intention a été claire: se soumettre au jugement des lecteurs, mais ne pas être jugé par ses mots, ou par son apparence, si par le travail accompli.

L'appartenance à la grande famille UIM nous a permis de comprendre deux ou trois choses essentielles. Par exemple: à mieux comprendre, donc à mieux respecter, les différences; à ne jamais se démettre de trouver des solutions consensuelles; à être toujours aussi exigeants que tolérants.

À l'UIM nous cherchons toujours le dénominateur commun. Les différences ne nous éloignent pas, parce que c'est ce minimum qui nous rejoint.

Quand on organise un Congrès, où assisteront des personnes de toutes les langues, de toutes les races, de toutes les croyances, de toutes les habitudes possibles et imaginaires, on comprend tout de suite ce que signifie ce "dénominateur commun", parce que ni tout le monde comprend le français, mange de la viande de porc, ni toutes les personnes boivent du vin, quelques-unes ne mangent pas du poisson. Il y en a qui cherche l'Église Catholique, qui préfère l'Orthodoxe, qui demande la Mosquée. Il y en a qui préfère la musique classique, d'autres le folklore, qui préfère le piano, d'autres l'accordéon, la guitare ou le violon, qui admire la valse, qui aime le fado.

La recherche d'un statut universel nous en donne un bon exemple: aux pays de "civil law", particulièrement en Europe méridionale, on se méfie des gens politiques; pas en Europe du nord, où l'appartenance des juges au monde politique est une circonstance naturelle. Et, en effet, moi, qui suis un méridional, je fais plus confiance à un juge britannique, provenant d'un parti qui ne m'est pas tout à fait proche, que dans un juge apolitique de certains d'autres pays.

Dans les pays appartenants au paradigme dit bureaucratique, on estime l'idée de carrière, on souhaite la surveillance d'un "organe indépendant et représentatif", on répudie la responsabilité "politique", donc on accepte aisément la responsabilité disciplinaire. Des choses souvent assez incompréhensibles dans les pays appartenants au paradigme anglo-saxon, où il n'existe pas l'idée de carrière, ni d'organes indépendants et représentatifs, où une certaine responsabilité "politique" est acceptée, donc fréquemment répudiée la responsabilité disciplinaire.

Bases de sélection, critères de sélection, formation, responsabilité, carrière - sont les points de démarrage de nos différences, en constituant des "familles" au dedans de notre grande FAMILLE UIM: néanmoins, ces différences ne nous séparent point, parce que le besoin de les comprendre nous rapproche.

La phrase du Président d'une Cour Suprême sud­américaine, qu'Abravanel nous cite, est bien éclairante: en Amérique latine, la Justice est indépendante, en Europe ce sont les Juges qui sont indépendants.

D'une certaine façon, la phrase est métaphorique et bien sage.

Dans les pays démocratiques de l'Amérique latine, souvent la Justice a son propre budget, ce sont les Cours Suprêmes qui sélectionnent les juges, et exercent le pouvoir disciplinaire, les Ministères de Justice devenant des départements presque dispensables. Dans les pays démocratiques de l'Europe c'est un peu le contraire: les Ministères de Justice y existent, souvent avec beaucoup de pouvoir, le budget appartient à l'Exécutif, la sélection est un peu aux mains du Gouvernement, la formation en dépend presque absolument. Mais les juges sont effectivement indépendants, parce qu'ils peuvent décider en totale liberté, même contre l'État, selon les règles de droit que le Législatif leur a donné et selon leur conscience.

C'est la leçon de la culture, mûrie pendant des siècles.

Abravanel nous a enseigné le chemin: exigence, rigueur, tolérance, pluralisme, universalité, intelligence. Comme il a écrit, dans cette même Revue: "L'éthique, la tolérance, la réserve du Juge. Le respect de ces valeurs permet toujours de parvenir à un consensus démocratique".

C'est notre chemin, notre but.

Chers Juges, à vous de me juger.

ÁLVARO REIS FIGUEIRA
Directeur du Service des Publications

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