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JUSTICE
IN THE WORLD |
No.3 |
LETTRE DU DIRECTEUR
Le Dénominateur commun
L'intention
a été claire: se soumettre au jugement des lecteurs, mais ne pas être
jugé par ses mots, ou par son apparence, si par le travail accompli. L'appartenance
à la grande famille UIM nous a permis de comprendre deux ou trois
choses essentielles. Par exemple: à mieux comprendre, donc à mieux
respecter, les différences; à ne jamais se démettre de trouver des
solutions consensuelles; à être toujours aussi exigeants que tolérants. À
l'UIM nous cherchons toujours le dénominateur commun. Les différences
ne nous éloignent pas, parce que c'est ce minimum qui nous rejoint. Quand
on organise un Congrès, où assisteront des personnes de toutes les
langues, de toutes les races, de toutes les croyances, de toutes les
habitudes possibles et imaginaires, on comprend tout de suite ce que
signifie ce "dénominateur commun", parce que ni tout le monde
comprend le français, mange de la viande de porc, ni toutes les
personnes boivent du vin, quelques-unes ne mangent pas du poisson. Il y
en a qui cherche l'Église Catholique, qui préfère l'Orthodoxe, qui
demande la Mosquée. Il y en a qui préfère la musique classique,
d'autres le folklore, qui préfère le piano, d'autres l'accordéon, la
guitare ou le violon, qui admire la valse, qui aime le fado. La
recherche d'un statut universel nous en donne un bon exemple: aux pays
de "civil law", particulièrement en Europe méridionale, on
se méfie des gens politiques; pas en Europe du nord, où l'appartenance
des juges au monde politique est une circonstance naturelle. Et, en
effet, moi, qui suis un méridional, je fais plus confiance à un juge
britannique, provenant d'un parti qui ne m'est pas tout à fait proche,
que dans un juge apolitique de certains d'autres pays. Dans
les pays appartenants au paradigme dit bureaucratique, on estime l'idée
de carrière, on souhaite la surveillance d'un "organe indépendant
et représentatif", on répudie la responsabilité "politique",
donc on accepte aisément la responsabilité disciplinaire. Des
choses souvent assez incompréhensibles dans les pays appartenants au
paradigme anglo-saxon, où il n'existe pas l'idée de carrière,
ni d'organes indépendants et représentatifs, où une certaine
responsabilité "politique" est acceptée, donc fréquemment répudiée
la responsabilité disciplinaire. Bases
de sélection, critères de sélection, formation, responsabilité,
carrière - sont les points de démarrage de nos différences, en
constituant des "familles" au dedans de notre grande FAMILLE
UIM: néanmoins, ces différences ne nous séparent point, parce que le
besoin de les comprendre nous rapproche. La
phrase du Président d'une Cour Suprême sudaméricaine, qu'Abravanel
nous cite, est bien éclairante: en Amérique latine, la Justice est indépendante,
en Europe ce sont les Juges qui sont indépendants. D'une
certaine façon, la phrase est métaphorique et bien sage. Dans
les pays démocratiques de l'Amérique latine, souvent la Justice a son
propre budget, ce sont les Cours Suprêmes qui sélectionnent les juges,
et exercent le pouvoir disciplinaire, les Ministères de Justice
devenant des départements presque dispensables. Dans les pays démocratiques
de l'Europe c'est un peu le contraire: les Ministères de Justice y
existent, souvent avec beaucoup de pouvoir, le budget appartient à l'Exécutif,
la sélection est un peu aux mains du Gouvernement, la formation en dépend
presque absolument. Mais les juges sont effectivement indépendants,
parce qu'ils peuvent décider en totale liberté, même contre l'État,
selon les règles de droit que le Législatif leur a donné et selon
leur conscience. C'est
la leçon de la culture, mûrie pendant des siècles. Abravanel
nous a enseigné le chemin: exigence, rigueur, tolérance, pluralisme,
universalité, intelligence. Comme il a écrit, dans cette même Revue:
"L'éthique, la tolérance, la réserve du Juge. Le respect de ces
valeurs permet toujours de parvenir à un consensus démocratique". C'est
notre chemin, notre but. Chers
Juges, à vous de me juger. ÁLVARO
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